Ca déménage !
Alors que j'étais adolescent, mon père a été affecté en gare d'Armentières : nous n'avons pas pu garder le logement du chef de gare de Laventie ; il a donc trouvé un autre logement de fonction, tout à côté d'Armentières, à Erquinghem. Ce logement était vacant car la gare était fermée suite au report sur route du trafic voyageurs (voir anecdote "Comment pousser des voyageurs vers la route"). Le déménagement s'est déroulé de manière assez originale.
Il faut préciser, qu'à cette époque, certaines catégories d'employés SNCF étaient assez mobiles : pour monter en grade, il fallait accepter de changer de gare, au moins dans la même région. En échange, des facilités étaient accordées pour le déménagement : prêt de wagon ou plus tard de cadres. Un wagon couvert a été installé juste en face de la gare, sur la voie d'évitement quasiment inutilisée. Le wagon y était garé le matin vers 10h et il partait le soir vers 16/17h, tout dépendait des manœuvres requises dans les gares desservies par le seul train du lotissement qui faisait la navette entre Lille Délivrance et Merville. . Après un rapide nettoyage de l'intérieur, le grand chambardement a pu commencer. Mon père n'ayant pas eu de congé, le reste de la famille a rempli le wagon en utilisant le grand chariot de la gare ; la tâche était rude : il fallait descendre les cartons et caisses de l'étage, les empiler sur le chariot, traverser les voies, puis décharger et ranger dans le wagon. Le premier jour a été employé à déménager le contenu des meubles et placards. A la manœuvre du soir, la 040D de Délivrance est venu atteler le couvert et l'a classé en tête du train. Mon cousin, qui était venu nous aider, et moi sommes restés dans le couvert avec la porte entrebâillée et avons fait le court voyage au milieu des caisses et cartons.
A Erquinghem, un petit problème se posait : il n'y a jamais eu de voie de garage ! Afin de ne pas bloquer trop longtemps le passage à niveau précédant la gare, l'équipe a alors coupé le train derrière le couvert et a avancé la locomotive juste devant la gare. L'épreuve a commencé : il fallait décharger le plus vite possible dans le but d'éviter un trop gros retard au train. Heureusement, le quai était large. En dix minutes à un quart d'heure, tout le chargement s'est retrouvé étalé sur la quai ! On se serait cru à une foire à la brocante ! Le wagon vidé, l'équipe de conduite est remonté sur la machine, a reformé le train et est repartie vers Lille. A nous ensuite de ranger à l'intérieur tout ce qui s'entassait sur le quai.
Le lendemain, même chose, le couvert est revenu le matin, a été replacé sur la voie d'évitement, et la journée s'est passé en chargement des meubles et des objets lourds : j'ai un mauvais souvenir de la descente de la cuisinière qui fut assez pénible ... Tout a pris place dans le wagon : meubles, mais aussi, vélos, basse-cour, outillage et naturellement tous les objets dont on ne veut pas se séparer ("Ca servira bien un jour !") Et le soir, même manœuvre, sauf que toute la famille s'est embarquée dans le couvert. Et sur le quai d'Erquinghem, il y eut le même étalage, genre brocante sauvage ! Pour l'anecdote, quelques objets gardèrent, un moment, sur leurs flancs, la trace noire d'avoir été manipulés par les mains du mécanicien ou du chauffeur !!!
Nouveau déménagement, quelques années plus tard : départ en retraite de mon père et "exode" vers le sud-ouest. Pas question de faire stationner un wagon, mon père choisit donc des cadres (appellation des conteneurs à cette époque) amenés sur un camion, chargés avec soin durant un week-end puis mis sur wagon. Ils étaient de tailles différentes et tenaient tous les trois sur un wagon plat. Tout est rentré à l'intérieur et nous avons pris le train pour Caussade. Les cadres ont mis 3 jours de plus et sont arrivés la veille d'un jour de fête, le 14 juillet. Angoisse de la famille, car dans un des trois cadres étaient installés la volaille et les lapins ! L'employé de service en gare de Caussade a accepté que l’on donne à boire et à manger aux pauvres bêtes qui croupissaient dans leur cadre ! Le lendemain, le camion du correspondant SNCF * nous les montait sur le lieu de notre nouvelle villégiature : nous n’avons eu à déplorer aucune perte !
* ce correspondant SNCF possèdait un Saviem JM240 à plateau; il habitait en gare de Septfonds, gare des TTG auxquels je m'intéresserai 40 ans plus tard !...