COMMENT POUSSER LES VOYAGEURS VERS LA ROUTE
Laventie est une petite gare sur la ligne à voie unique Armentières-Berguette qui traverse la partie sud de la Flandre en desservant des petits villages avec peu d'industrie sauf à Lestrem, l'usine Roquette.
A la fin des années 50, deux trains de voyageurs et deux de marchandises lui tenaient lieu de trafic. Le matin, un train formé d'une 141TC poussait en réversibilité un rame de banlieue Nord vers Lille, qu'elle ramenait le soir. Les voyageurs étaient pour la plupart des abonnés qui se rendaient à Lille pour leur travail. Comme dans tous les trains de banlieue à cette époque, chacun avait sa place réservée tacitement : la première fois que nous sommes rentrés à Laventie après une journée de courses à Lille, nous fûmes surpris de sentir les regards désapprobateurs des voyageurs à qui nous avions pris la place. D'après mes souvenirs, le nombre de voyageurs était correct.
Ce train circulait aussi le dimanche, mais avec une affluence bien moindre. Un jour, comme un coup de tonnerre, on apprit que le train serait supprimé et remplacé par des cars Citroën (la marque automobile possédait, à cette époque, une flotte d'autobus qui sillonnaient toutes les routes du Nord). La fermeture eut lieu le 13 octobre 1958.
En effet, le premier matin, vers six heures trente, à l'heure du train, cinq ou six bus s'arrêtèrent bruyamment devant la gare où les attendaient les habitués. Ils s'y entassèrent en maugréant; j'observais la scène de la fenêtre de ma chambre dont j'avais relevé le volet. Le soir, la même noria de bus ramena nos malheureux banlieusards mais plus d'un quart d'heure en retard sur l'horaire. Ceux qui rencontrèrent mon père (alors chef de cette gare) à cette époque, n'en finissaient pas de maudire la SNCF et de déplorer le manque de confort des bus, leur lenteur, leur irrégularité...
Quelque semaines plus tard, il n'y avait plus qu'un autobus pour remplacer cinq voitures de banlieue ! La démonstration était faite : la SNCF savait parfaitement, à cette époque, pousser ses voyageurs vers la sortie !
Dernière minute ! Selon un entrefilet de Rail Passion paru en janvier 2007, la région Nord Pas de Calais envisage à plus ou moins long terme la réouverture au trafic voyageurs de nombreuses lignes... dont Armentières Merville ! Quelle revanche ce serait !