Des jeux et des trains.
A croyez-vous que joue un jeune garçon qui vit depuis son enfance dans des gares ? Au train, bien entendu... Au train sous toutes ses formes : le plus simplement, comme beaucoup de petits garçons à l'époque de la vapeur, sans aucun accessoire, en remuant les bras comme des bielles et en faisant "Tchou, Tchou ! ".
Plus "sophistiqué" : à 7, ou 8 ans j'avais fabriqué avec des bouts de liteaux de bois cloués les uns sur les autres des locomotives et des wagons sans roues; j'arrivais à en tenir quatre ou cinq à la fois, et à les faire glisser sur le trottoir au milieu de rails tracés à la craie. Une locomotive à la silhouette assez mince figurait une 230D Nord qui passait souvent devant mes yeux, à la tête de trains de voyageurs; une plus massive était pour moi, la star des années cinquante, la 141R.
Un été, j'avais fabriqué dans le poulailler, toujours avec des morceaux de bois, un morceau d'abri de 141R (ma préférée) : assis sur une caisse, le bras nonchalamment appuyé sur le rebord de la cabine, je remuais des piquets enfoncés dans le sol (les commandes de ma loco), je ne devais pas ennuyer mes parents, mais les poules !
Mais le jeu qui avait ma préférence était le vagabondage et l'aventure sur les voies et dans les emprises de la gare. Dans une des gares de mon enfance, c'était plus difficile, car le trafic était relativement important; je me rabattais alors sur les voies du petit train de la sucrerie (voir Du charbon pour du sucre). Là, avec quelques camarades, nous jouions à l'attaque du train par les Indiens, sans aucun effort d'imagination, car les vieilles voitures étaient à impériales.
Quand j'étais seul, je jouais avec le chien du voisin, un petit ratier, très bon chasseur. Un jour, il avait débusqué un nid de rats sous le passage planchéier (qui permet de traverser les voies) et grâce à sa petite taille, il s'était glissé, au milieu des voies, sous les planches.
Mais jamais il ne ressortait ! Et un train de marchandises était annoncé, qui passait sans arrêt ! Tous mes appels étaient restés vains. L'employé de service était arrivé avec son guidon, m'avait fait reculer, et, malgré mes supplications (je lui demandais naïvement d'arrêter le train !) avait fait signe au train, de poursuivre sa route. Je revois encore la grosse 150X tirant son lourd convoi passer sur le passage, qui, à chaque essieu, ployait sous la charge. Quand le train fut parti, je m'approchais en larmes du trou ... pour voir réapparaître le petit chien, certes un peu étourdi, mais sain et sauf ! |
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Quelques années plus tard, dans une gare du Pas de Calais au trafic restreint, des cohortes de wagons attendaient, je ne sais quoi, sur les voies de garage. Les plus intéressants étaient ceux avec une vigie : l'abri pour le serre-frein avant que n'existe le frein commandé par le mécanicien. Un siège rustique, un volant suffisaient à notre imagination pour conduire le train, car nous étions sur les couverts en hauteur ! Et quelles cachettes magnifiques !
Dans la halle des marchandises, encore active car dans le village de nombreuses entreprises fabriquaient des chaussures, le premier chariot transpalettes avait ma préférence : nous installions un petite cadre avec à l'intérieur les petits frères et en route dans le dédale des colis et chariots : combien de fois l'accident a-t-il été évité, car le quai était très haut ! Ou bien c'était le lourd chariot de quai, avec frein commandé par le timon qui figurait le train; lui, un jour, était descendu sur la voie : je me rappelle avoir passé de longs moments à m'efforcer de le remonter seul sur le quai (il n'était pas question de demander l'aide de mon père).