En voiture, s'il vous plait !

 

Tout bon amateur de chemin de fer, ferroviphile ou ferrovipathe sait qu'il ne faut pas confondre une voiture et un wagon. Mon père m'avait appris très tôt la distinction en m'expliquant que la dénomination voiture vient des premiers voyages où l'on mettait des caisses de voitures à cheval sur les wagons.

Mes premiers souvenirs de voitures sont les voitures à omnibus en service sur la région Nord : c'était des voitures en bois, métallisées, à bogies, à couloir latéral et à portières. Je pense que ce sont des Ty. Du fait de leur bogies, elles étaient assez confortables, malgré les banquettes en bois vernis en 3ème classe, mais en moleskine en seconde. Mais elles étaient relativement dangereuses, car les portières latérales s'ouvraient parfois dans le mauvais sens : il y eut de nombreux

accidents de voyageurs pressés de descendre qui ouvraient trop tôt la portière qui, arrachée par le vent, les entraînait à l'extérieur. D'ailleurs, quand elles avaient été métallisé, on avait supprimé une portière sur deux à certaines voitures. Enfant, je m'asseyais naturellement au coin fenêtre, mais il m'était strictement interdit d'approcher un seul doigt de la portière ! Elles étaient souvent attelées derrière une 230 D Nord, fine locomotive nerveuse et élégante ; jusqu'à la fin de la vapeur, elle a essayé de résister aux impériales 231 E, et elle y arrivait car on lui confiait souvent des express courts car elle avait un tender de petite capacité, alors un Paris Lille... Je me souviens d'un dimanche matin, où nous attendions une correspondance à Hazebrouck : des trains bondés, composés de ces voitures, s'arrêtaient à peine en gare, emmenant rapidement leurs voyageurs vers Dunkerque et Malo les Bains : c'étaient des trains de plaisir !

 

La 230D126 en tête d'un omnibus en gare du Nord

Plus tard, quand je me rendais au lycée en train, nous aimions bien monter dans le compartiment du bout de ces voitures, il était très grand, occupant toute la largeur, ne comportait pas de portière et était isolé du reste de la voiture par une porte pleine : nous pouvions chahuter tout à loisir. Ah ! la fenêtre ouvrante coulissant grâce à une large courroie et qui, quelquefois, restait coincée en position ouverte ! J'ai retrouvé ce charme rétro sur les voitures omnibus à trois essieux Sud-Est : là aussi le compartiment du bout était immense, mais le couloir était central, et ne parlons pas du confort.... Je ne crois pas qu'il reste de ces voitures Ty en service sur un quelconque réseau touristique, et c'est dommage.

 

Par contre, les fameuses voitures Nord pour express aux formes arrondies caractéristiques existent encore (sur les Trains à vapeur de Touraine, je crois). Enfant, je détestais ces voitures, je préférais les voitures à compartiment où l'on était "plus chez soi". En effet, ces voitures Nord étaient elles aussi à portières latérales mais à couloir central ce qui préservait peu l'intimité : vous étiez à la vue et à l'oreille de nombreux voyageurs ! De plus à chaque arrêt, si vous aviez la malchance d'être assis devant une portière, vous vous faisiez écraser les pieds par les valises et les voyageurs qui montaient et descendaient. Ne parlons pas des courants d'air l'hiver ! S'il vous prenait l'envie d'ouvrir la fenêtre, la moitié de la voiture se mettait à vitupérer ! Quel plaisir quand nous partions dans le midi d'arriver à Austerlitz et de trouver enfin des voitures avec des compartiments douillets où, les enfants pouvaient dormir tranquillement dans le filet à bagages !

Deux voitures Nord à portières latérales derrière cette 140 C

 

Mais maintenant, je les regrette ces voitures, avec le bruit des claquements des portières (En voiture, fermez les portières !) et les banquettes en moleskine avec dessous, les gros tuyaux où passait la vapeur du chauffage, contre lesquels nous collions nos chaussures. L'hiver, quand il faisait nuit, nous regardions couler en diagonale sur la vitre les gouttes de pluie et accélérer leur course au fur et à mesure qu'elle grossissait au contact de ses petites sťurs... Lors de mon dernier voyage, j'ai cherché les gouttes de pluie sur la vitre de la voiture Corail, je n'ai pas retrouvé les impressions de mon enfance ! Ah ! Nostalgie !

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